forêt

naissance du projet

Durant une semaine, j’ai marché seule au cœur des forêts de Lozère. La marche, la solitude, et la présence des arbres ont provoqué un état particulier, une inspiration. J’ai écrit, j’ai peint à l’encre pure pour explorer les contrastes et j’ai photographié en laissant libre court à ce qui m’appelait.

De cette expérience est né le projet forêt, une déambulation au cœur des forêts vivantes, que la main de l’homme a presque oublié et qui tend à retrouver son équilibre à l’image des forêts primaires.

la part incertaine

forêt est le fruit d’une rencontre et le désir de faire l’expérience de cette rencontre, d’observer ce qui en émerge. Marcher, être en contacte avec les arbres, sentir la vie végétale, animale et minérale qui s’organise et partage un même territoire et se fondre en lui.

La trace de ce projet se dessine au fur et à mesure qu’il progresse comme le sentier discret emprunté par les chevreuils.

une expérience immersive

Dans sa finalité, forêt serait une expérience immersive pour le public. Elle proposerait plusieurs portes pour pénétrer cet univers mystérieux et fascinant. Photographies, encres, textes, audios, projections offriraient une diversité de formats à l’image de l’écosystème de la forêt qui abrite une multitude de formes de vie.

la matière du vivant

La modernité nous détourne de la nature, de notre propre nature. Les sociétés urbaines nous incitent à nous désincarner, coupés du contact avec la terre, coupés de notre corps pour être réduits à quelques neurones en surchauffe. Chacun voudrait croire qu’il peut s’affranchir de la matière, se délestrer de sa contrainte jusqu’à se décorporer. Portés par ce fantasme collectif, on s’engouffre avidement dans l’univers virtuel, dans le déni de la réalité terrestre.

Dans ce contexte, forêt se veut faire contre-poids pour ramener à la conscience la matière du vivant.

de l’humus entre les orteils (extraits)

les pommes de pins jonchent le sol et créent des motifs utiles aux magiciennes.

on ne peut pas rapporter avec odeurs, seulement le souvenir d’une fragrance éphémère. Et pourtant elle s’inscrit durablement dans nos cellules. Elle nous appelle, on la cherche, on la reconnait, elle nous éveille.

je sens encore ce vide qui a mis en péril ma vie de nouveau-né. Je suis née fille. Pendant longtemps j’ai été incapable de traduire le mot féminité, à part peut-être quand j’ai découvert le trou. Ce trou autour duquel malgré moi j’existais, dans le regard de l’homme, celui du père, et dans l’alcool. Un trou, l’alcool et l’homme, voilà à quoi ce résumait ma féminité.

je colle, je suinte, je dégouline, seule au milieu de l’immensité bosselée et silencieuse, seule parmi les arbres tranquilles, seule avec la craie qui semble inscrire mon histoire à chaque pas.

quand on marche seule, on a l’horizon pour nous, personne pour moduler nos pas, personne pour induire la trajectoire. On peut apprécier toute l’amplitude de ce qui s’offre à nous.

alors que le paysage s’étale enfin sous moi, le sentier continue de monter. Serait-ce un sentier quantique ? Le coq hurle au loin.

foret photo 18

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